C'est comme si tout avait été brouillé. Comme si l'encre des lignes d'un vieux cahier, s'effaçait peu à peu, avec les années. Un an, deux ans, trois ans... La vitesse du temps est fulgurante, violente même. Elle ne laisse pas de place, ni à la réflexion, ni aux pauses. Tout va toujours plus vite. L'instant présent l'emporte sur le moment passé. Ce dernier est classé, archivé. Un fait divers, presque. Et, la vie poursuit son cours, accélérant son rythme chaque jour. Et nous, voilà, emportés dans le mouvement, automates qui ne pensent plus. Ou seulement à faire ce qui est dit, mais cela n'est plus du domaine de la pensée, mais plutôt de l'éxécution.
C'est comme si tout avait été brouillé, oui. C'est là, tout est là, et aucun détail ne manque, les souvenirs sont intacts. Mais les mois font la course, et creusent un écart entre ces souvenirs passés et mon présent. Alors, tout se mélange, et il devient trop difficile d'identifier le rêve du réel, le faux du vrai. Mais une seule chose reste, fidèle à elle - même, depuis tous ces jours, inchangée. Et c'est mon fil conducteur, ma ligne rouge, sans ça, bye bye. Tout tourne autour, s'achemine ça et là. Et le temps glisse, et m'échappe, il semble qu'il veuille tout éparpiller tel le vent soufflant dans un tant de feuille, à l'automne. Pourtant, je tiens bon, les feuilles ne s'envolent pas et restent accrochées à ma ligne rouge, même si parfois elles se déchirent un peu. Toucher terre ne veut plus rien dire dans ce monde de fou.
C'est comme si tout avait été brouillé, ouais. Mais le pire, dans cet écroulement de jours, c'est le vide que l'absence a formé petit à petit. De telle façon que tenter de combler cet absence est vain, inutile. Le gouffre demeure, l'attente est longue. Ainsi les minutes s'écoulent, composant les heures, qui engendrent les jours. Et, jours après jours, recommence ce défilé de choses, de personnes parfois superficielles, d'objets divers, de paroles stériles, et tout ça s'agite, de plus en plus vite, avec de moins en moins de sens. Mon regard s'y perd, mes pensées sombrent.